Je voulais la mer et la montagne, la nature et le soleil de l'Italie à portée de rails. J'ai trouvé un parc national composé de cinq villages alignés sur le littoral, entre Gênes et Pise, baptisés de ces noms chantants à roucouler ; Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore.

Des terrasses jumelées à la Chine

C'est au milieu des Cinque Terre que le train m'a déposé de nuit, au pied du seul village perché sur un promontoire, Corniglia. A gauche, l'océan ramasse ses galets. A droite, la terre se dresse à la verticale. Un escalier zigzague devant moi ; trois cent soixante-dix-sept marches. Les vacances commencent !

"Le paysage côtier escarpé est d’une grande valeur panoramique avec ses hautes colonies compactes et ses terrasses spectaculaires qui ont été façonnées sur quasiment un millénaire ; il apporte un témoignage exceptionnel sur les relations que les communautés traditionnelles ont entretenues au fil du temps avec leur environnement rude et isolé, afin de s’assurer des moyens de subsistance durables." UNESCO*

*Le site, inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997, nécessite des travaux de restauration et entretiens réguliers.

Les vignes se reflètent dans la mer Méditerranée au côté d'oliviers et citronniers. Il en faut du courage et du caractère pour choisir de s'installer là en dépit d'un environnement inhospitalier - auparavant quasi impraticable par la voie terrestre - et j'admire ce petit peuple de Ligurie qui, depuis presqu'un millénaire, construit et rénove à flanc de montagne ces terrasses soutenues d'innombrables murets en pierre. Mis bout à bout, ce serait (presque) l'équivalent de la muraille de Chine disent les prospectus touristiques - et moi, je leur trouve des airs de rizières vietnamiennes.

Confiture d'épines

Au mois de septembre, non seulement les températures sont plus clémentes et les sentiers moins peuplés, mais la nature offre au marcheur fatigué une profusion de fruits à se mettre sous la dent.

A couvert dans la forêt, suivant la trace des sangliers, je remplis mes joues de mûres près d'un buisson de ronces jusqu'à ce que les geais trahissent ma présence de cris rauques. Plus loin, bordant la falaise, les figuiers de Barbarie ornent leur palmes de grosses baies rouges aux côtés d’arbousiers ; mais je passe. La première fois que la gourmandise m'en fit cueillir, j'ai passé le restant de la journée à tenter d'épiler les minuscules glochides piqués au bout de mes doigts... Je me replie sur la chair d'autres figues, les offrandes suaves des Ficus, malheureusement plus souvent à portée d'ailes que de main.

Couleuvre et papillons

Je déplie la carte des sentiers du parc une dizaine de fois par jour. En rouge, les nombreuses possibilités d'aller et venir (ou plutôt, de monter et descendre) grouillent sur un espace réduit. Dans ce paysage escarpé, le randonneur fait le yoyo. Mes jambes ont la bougeotte alors je trace mon chemin, joint les itinéraires les uns aux autres et me saoule aux sentiers avec vue sur mer, plus de cinq heures par jour, pour finir ballotée dans les vagues (en prenant garde aux petites méduses pélagiques de couleur rose, urticantes).

A chaque pas, toute la communauté de squamates lézardant au soleil se faufile sous les feuilles sèches, jusqu'à cette jolie couleuvre verte et jaune (inoffensive) qui sursauta certainement aussi haut que moi. En dehors du sentier Azzurro, les randonneurs se raréfient et je ne suis plus que mammifère au milieu d'une nature préservée.

Marcher, marcher et plonger

Chaque point de vue vaut son lot d'efforts et de sueur. Les muscles chauffent et je ne compte pas les centaines de marches gravies quotidiennement, les dénivelés abrupts de cent à quatre-cent mètres montés et descendus plus de trois fois par jour. Dans ce décor tout de bleu, je souris à l'instant, bercée aux endorphines et aux odeurs de pins.


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