Le voyage est multiple et, du Chemin de Compostelle au pèlerinage de Shikoku, la randonnée itinérante est l'une de ses (nombreuses) facettes qui fait de plus en plus d'adeptes dans un monde en perpétuelle agitation. Vivre au rythme de ses pas, en prenant le temps, quelle incroyable liberté. Alors poursuivons, sur le Chemin des Anges...

"Libre d’être ce que je dois être"

Elle a des airs de Pocahontas sous ces traits qui font d'elle une femme d'ici et d'ailleurs. De la Russie au Zanskar, elle brouille les pistes. Linda Bortolletto est de celles qui, un jour, ont réalisé un changement de vie radical, sortant du cadre et des conditionnements pour partir dans une quête de soi, de réponses (aux incessantes questions existentielles), de spiritualité et de reconnexion à la nature, sauvage. Son premier livre, Là où je continuerai d’être, retranscrit avec authenticité cette renaissance parmi une communauté Tchouktche, au Kamtchatka. Depuis, elle construit sa vie dans une succession d'épopées étourdissantes. Le voyage ? Un apprentissage, répond Linda, de la vie, de l'existence, du monde.

L'art de sortir des sentiers battus... sur le Shvil

Son dernier récit de voyage, Le Chemin des anges, raconte 1100 kilomètres parcourus à pied, du nord au sud d’Israël. De phrases courtes et poétiques, elle raconte la lumière, les paysages, les conversations et les sensations dont elle se nourrit au quotidien. En chemin, quant elle n'est pas invitée au hasard des rencontres ou à camper seule, elle fait appel à l'hospitalité des "anges du chemin", une liste de personnes à prévenir un jour ou deux à l’avance et prêts à lui ouvrir gratuitement leur porte, des kibboutz notamment. Elle marche, passe par Jérusalem et la mer morte jusqu’à la seconde moitié du parcours, le désert... "L’émerveillement a-t-il une limite en ces lieux ?", interroge Linda.

Ressentir l'énergie

"- Hey ! Pourquoi crois-tu que je reviens sans cesse ? Chaque fois est différente. Cette terre, on peut en dire ce qu’on veut, du bien comme du mal, mais on y trouve toujours quelque chose. Venir ici, ce n’est pas anodin. Il ne faut pas s’arrêter aux mots, il faut ressentir pour se faire sa propre idée. Ressentir l’énergie. […] et ce pays, il va te le rendre. Il est minuscule en surface, mais c’est un putain de concentré, ce pays !", dit un pèlerin.

Chamboulée par l'énergie si forte des lieux, ce concentré d’histoires, de mythes et de religions, elle reviendra deux fois. Pour tenter de comprendre. Est-ce que c’est moi qui ai fantasmé ce que j’ai ressenti ou y a-t-il vraiment quelque chose ?, questionne-t-elle sans cesse.

"Ma fille, c’est parce que nous sommes en adaptation perpétuelle ! C’est ça notre vie ! Nous sommes tous différents ! Nous venons de partout, d’ici ou d’ailleurs, de tous pays, de toutes religions, toutes cultures. Il faut bien qu’on arrive à communiquer et vivre ensemble !", lui répond une israélienne.

Au milieu de ce chemin de randonnée, à ce carrefour des religions, la "mosaïque" de ses expériences passées se reconstitue, unissant les traditions, ses précédents moments de vie auprès de chamans et de bouddhistes, ses propres racines (catholiques et musulmanes) et, de façon générale, au-delà des religions, cet attrait pour la spiritualité, le monde de l’invisible. D'apparences dissemblables, elles puisent à cette même source : "se libérer, s'élever intérieurement et aimer". Le Shvil marque la fin d’un cycle, l’apprentissage. Tout est Un.

Réconcilier le monde

"Être sur une parole d'amour", dit Linda au détour d'une conversation, c'est ça la clé. La compassion est la racine du bouddha. Mais dans notre société, est-ce vraiment applicable ?, questionne-t-elle. "Pourquoi en est-on arrivé là alors que l’on sait les fameux leviers vertueux, la tolérance, le respect, etc. C’est ce qui m’intrigue, qu’est-ce qui ne va pas dans le monde et dans l’humanité ?", interroge-t-elle alors que nous commentons l'effondrement à venir. Et de citer les trois maux (d'après le bouddhisme, toujours) : peur, ignorance, colère. Préférant le développement intérieur à la lutte contre un modèle sociétal, la construction d’alternative à la manifestation, elle invite à s'interroger : "Et donc, qu’est ce que je construis pour le monde de demain ?". Et vous ?


Le Chemin des anges : Ma traversée d'Israël à pied, de Linda Bortoletto (2019) est en vente sur le site des librairies indépendantes.

"C’est à la fois cet esprit rebelle, curieux à l’extrême, convaincu, pugnace même, cette soif permanente d’aventure, ce talent littéraire, cette fougue dictée par une rage de vivre et d’écrire pour tous, du plus jeune au plus âgé des lecteurs, qui expliquent qu’il ait laissé à la postérité une œuvre magistrale, aussi riche que variée."

Debout sur le quai, j'attends l'arrivée du train. Françoise Sylvestre fait halte à Paris avant de rejoindre l'association Stevenson de Barbizon à Grez pour une courte randonnée en compagnie d'autres admirateurs. A travers ses mèches blondes, je plonge dans un regard pétillant et bleu, reflet d'un océan si souvent scruté. Journaliste retraitée, écrivain passionnée, elle n’écrit que sur la mer, ne vit que sur les îles et se complait dans l'exigüité terrestre cerclée par l’immensité. Oui, c'est bel et bien le goût de la liberté qu'elle partage avec celui dont elle vient de publier la biographie, Robert Louis Stevenson (1850-1894).

Phares d'Écosse

C’est par une inscription au pied d'un phare (où elle établit une résidence d’artistes le temps de quelques mois) dans l'archipel des Shetland, en Écosse, qu’elle redécouvre Stevenson. D'autres suivent, dressés ici et là sur ces côtes qu'elle affectionne. En décidant de se consacrer à l'écriture, le jeune Stevenson rompt une fameuse lignée de bâtisseurs de phares. Pari réussi : L’Île au trésor ou L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde pour ne citer que les plus connus, lui apportèrent le succès de son vivant.

Voyager sur les traces de

Elle voulait être en osmose avec lui, me dit Françoise, dans la réalité comme dans la fiction... Elle brave un jour le courant pour rejoindre le petit îlot où le héros de Kidnapped (son livre préféré) fut naufragé, coincé par la marée. C'est une poursuite incessante, rit-elle, une vraie histoire d'amour. Elle le suit, littéralement, de la maison où il grandit à Édimbourg jusqu'à cette traversée des États-Unis en train, et ce, dans le même état physique, à bout de souffle après la maladie. Elle puise l'inspiration dans le "camp minier abandonné de Silverado, dans une cabane en ruines accrochée à la colline" où il part en voyage de noces puis achève sa biographie dans la forêt de Fontainebleau, où il rencontre sa femme.

A contre-courant, passionnément

Rebellé contre les conventions, Stevenson était la liberté incarnée, dit-elle. A vingt ans déjà, il avait balayé tous les conditionnements au sein d'un "milieu familial, bourgeois et puritain" foisonnant de il faut. Début 1872, il crée avec quelques amis une société secrète dont l'article 1er énonce un engagement à "se détourner de tout ce que nos parents nous ont enseigné". D'une faible constitution, il avait de l'énergie. Être en état de lutte pour vivre donne beaucoup d’énergie, confirme Françoise, et cela donne des ailes. Il défit la mort, "il vit en sursis [...] embarque parfois sur une civière tant il est malade", ne cesse d'écrire, à quatre mains s'il le faut, et s'éteint à 44 ans dans leur propriété paradisiaque des îles Samoa, dans le Pacifique.


Le format synthétique de cette biographie perpétue la réputation de Transboréal. Rigueur et précision, chronologie et anecdotes vérifiées, et une quasi-exhaustivité des faits romancée pour nous donner simplement envie d'en savoir plus et de traverser à pied les Cévennes sur le Chemin de Stevenson (GR70) avec quelques-uns de ses livres...

Robert Louis Stevenson, Les chemins de la liberté, de Françoise Sylvestre (2019) est en vente sur le site des éditions Transboréal.

"Pas étonnant, avec ce grand corps sec comme du bois", semble penser Gotov en me scrutant ; tout son visage reflète maintenant une attention soutenue, pour comprendre comment on peut geler si vite.

Survivre au zud

"Le froid fait passer la yourte pour un domaine enchanté. Mais son espace unique ne compte ni rideau ni cloison. Rien ne se dresse entre moi et les autres, rien ne m'en isole. Ce logis collectif me pousse à piétiner mes exigences de confort en vivant au rythme de la famille", pendant trois mois. C'est cette immersion singulière que retrace Marc Alaux dans son dernier livre, Ivre de steppes. Ce récit passionnant et instructif transcrit un regard ethnographique sur ce peuple de nomades qui suit des traditions ancestrales, parfois lourdes à porter pour la jeune génération.

Alternant entre "la cage de l'hiver et le huis clos d'une yourte", l'immensité terrestre et l'hospitalité absolue des mongols, le froid du zud - hiver foudroyant - qui asphyxie le berger et dévaste le troupeau, et la chaleur des gosiers enflammés par les flots de vodka, Marc se voit initié au délicat métier d'éleveur dans le campement d'hiver de sa famille d'accueil.

Après le vagabondage, l'ancrage...

"En prenant la steppe comme on prend le maquis, j'ai connu une vie dégraissée d'artifices, j'ai fréquenté des gens qui n'ont pas la docilité de la misère et qui ne perdent ni confiance ni fierté ni force. La nature ne leur en laisse pas le droit. [...] Je me suis contentée de renouer avec ce que chacun porte en lui et qui demande d'éclore [...]"

Cédric Gras dissertait sur les saisons du voyage, multiples, façonnées par le voyageur que nous sommes et devenons. Aujourd'hui, après des milliers de kilomètres écoulés à pied à travers la Mongolie, Marc aspire à l'ancrage pour mieux s'imprégner de la culture. Qu'est-ce que le voyage pour toi ? Au long cours et préparé, me répond-il, catégorique. Préparer, c'est se plonger dans la littérature de la région, assister à des concerts, rencontrer des anthropologues. Préparer, c'est attendre, des années s'il le faut. Préparer, c'est mûrir l'idée, insiste-il, car c'est de cette pulsion retenue que jaillira un voyage marquant ; et d'ajouter qu'un bon voyage peut mal se passer... Pour Marc, "le voyage ne sera jamais une sorte de parenthèse, mais une existence en tant que telle".

... mais la Mongolie, toujours !

Au commencement, de 16 à 26 ans, le grand voyageur qu'il est quadrille la France à pied à chaque occasion. Son compagnon d'aventure et lui s’éprennent du Massif central. Un matin, sur le plus haut et le plus isolé des Causses, il se réveillent fascinés par le paysage enneigé qui s'étend à perte de vue. C'est la Petite-Mongolie, comme l'appellent les locaux, où a été réintroduit en semi liberté le cheval de Przewalski. Ils ouvrent alors un Atlas en quête du même écosystème. Ils ont 25 ans, et ce sera la Mongolie, à commencer par une traversée du désert de Gobi, avec Kessel... Marc retrouve dans ses livres les valeurs enseignées par ce pays telles que la générosité, le sens de la fête et de l'amitié ou la capacité de prendre le temps. Et depuis vingt ans, "la steppe, c'est pour moi l'éternel retour", écrit celui qui est devenu un spécialiste reconnu du monde mongol.


Ivre de steppes : un hiver en Mongolie, de Marc Alaux (2018) est en vente sur le site des éditions Transboréal.


© Photographie de Marc Alaux

"Marcher à Shikoku revient à faire un pas de côté, sortir du puissant courant qui, trop souvent, si nous n’y prenons garde, nous emporte contre notre gré."

Dans ce premier livre, Le pèlerin de Shikoku, Thierry Pacquier partage son expérience sur ce pèlerinage japonais de 1200 kilomètres qui trace les contours de l’île de Shikoku en reliant 88 temples. Raconter les journées de marche qui se suivent selon une routine répétitive n’est pas un exercice facile. Le nom des temples honorés par le henro au fur et à mesure de son avancée marquent la chronologie, derrière un récit thématique composé d’anecdotes (et certains passages m’ont fait rire toute seule à voix haute), de descriptions, d’histoire et de réflexions personnelles. A la manière d’une respiration, des haïkus du poète japonais Santōka Taneda (1882-1940) ponctuent cette narration détaillée qui se charge parfois d’un surplus d’explications. L'ensemble forme un témoignage instructif sur la progression (physique et spirituelle) du pèlerin, et le mode de vie local.

Avant/Après

Par curiosité, sur les conseils d’un ami qui lui dit "Ça m’a changé la vie", il tâte du bout du pied les premiers kilomètres avant de se laisser entrainer, aspiré dans cette spirale ascétique qu’il aura beaucoup de peine à quitter. Au retour, "je ne voulais pas y croire, mais ça m’a marqué, il s’est passé quelque chose", dit-il. Ce pèlerinage a des pouvoirs bien mystérieux diront ceux qui sont passés par là, comme tous ceux qui ne le quitteront jamais... Les moines errants, henro éternels, sont nombreux à tourner sans cesse, subsistant grâce à l’aumône des habitants.

Immersion culturelle

Lors de cette expérience en terre nippone, l’imprégnation de l’île vis-à-vis des henro le marque. Celui qui revêt la blouse blanche et le bâton du pèlerin entre dans un univers particulier où le rapport avec l'autre n’est que déférence, bienveillance et générosité. Dans le regard des locaux, il est pèlerin, avant d’être étranger. La barrière linguistique ne le gêne pas. Préférant les sens aux mots, ressentir de manière intuitive plutôt que d’intellectualiser, "ce n’est pas par hasard si la méditation me plait" dit-il.

Entre ville et nature

Les temples, au milieu de grands parcs, constituent des haltes apaisantes pour le pèlerin fatigué. Mais ce chemin n’est pas que nature. En fait, il y a pas mal d’asphalte, me dit Thierry. Si des alternatives aux artères principales existent, le passage dans certaines villes est obligé. Il ne reste plus qu’à entrer "dans une espèce de bulle méditative, avant d’enlever tous les filtres une fois en pleine campagne". Il observe d’ailleurs une frontière très nette entre la ville et la pleine nature, inchangée depuis des siècles, qui se découvre dès que le relief s’accentue.

Équilibre parfait

"ce qui rend cet instant si fort et si intense, c’est ma présence totale à ces quelques minutes [...]. Je me sens incroyablement libre, rien ne m’attache, je suis léger, disponible à tout. […] Il y a parfois comme cela des moments de bonheur qui s’improvisent, qui s’invitent."

Né au Maroc, kinésithérapeuthe à La Réunion puis en Nouvelle-Calédonie, voyageur insatiable, Thierry embrasse aujourd’hui une vie nomade en quête de ces moments d’harmonie parfaite. Une manière de donner un sens aux voyages, et le sujet de son prochain livre ? A suivre…


Le pèlerin de Shikoku, de Thierry Pacquier (2018) est en vente sur le site des éditions Transboréal.


Conseil aux futurs marcheurs : "Prendre une paire de baskets toutes simples (pas de gore-tex) deux tailles au-dessus". En effet, sur l'asphalte, en plus de la chaleur, l’effort répété fait gonfler toutes les petits articulations du pied. Être mal équipé et c'est le risque de blessures douloureuses...

"Je souhaitais que le Tibet apparaisse à mesure de mes pas, qu’il surgisse des déserts de l’Ouest chinois en un rideau de montagnes aussi éblouissant qu’un tableau de Nikolaï Roerich."

Le nouveau livre de Cédric Gras, Saisons du voyage, est une œuvre littéraire finement travaillée dans laquelle l'auteur partage ses réflexions sur le voyage, et plus particulièrement sur ce qu’il représente pour les voyageurs de sa génération. Après six récits (à tout juste 37 ans), il se livre ici à un nouvel exercice, libéré de la trame linéaire et factuelle du récit de voyage, porté par l’introspection. Tout en illustrant ses réflexions, si justes, de nombreux souvenirs ayant fait de lui un grand aventurier, il disserte, interroge, philosophe…

Un bilan ?

Peut-être bien, avoue-t-il, étant arrivé à un âge où il sait qu’il ne voyagera plus de la même façon, laissant derrière lui les pérégrinations de sa jeunesse. Dans ce livre, on comprend que le voyage est multiple, façonné par l’époque, l’âge et le voyageur. "Dans une propre vie, tu ne voyages pas du tout de la même façon. On ne refait pas un voyage. C’est une rencontre de toi à tel âge avec le monde", dit-il.

Un manifeste ?

Au contraire des voyages contemporains jugés superficiels où les destinations s’enfilent comme des perles, Cédric préfère les rencontres authentiques qui lui permettent de s'imprégner de cultures et civilisations étrangères, "parce que les Hommes sont indispensables au voyage". Mais quand sa curiosité du monde échoue devant la barrière linguistique, il doit faire un choix : la Russie ce sera, "un hasard doublé d’un coup de cœur derrière". Et le voilà russophone (et russophile), doué à en duper les habitants. Un investissement culturel qu’il ne regrette pas car "la Russie, c’est un voyage d’une vie. Tellement gigantesque, riche et multiple. C’est un monde entier".

Un regard ?

Ce livre, contrairement à ce que certaines critiques ont pu dire, n’est pas pessimiste ; bien au contraire. Car ce serait oublier une chose : avant d’être écrivain, Cédric est géographe, et cela change beaucoup à la compréhension du message qu’il porte dans Saisons du voyage. Cette discipline lui a enseigné à regarder le monde de notre époque tel qu’il est, pour le comprendre, "même si ça ne nous plait pas". Et, alors qu'il prépare un doctorat sur l’Empire russe, le voilà rattrapé par une autre passion, la littérature, transformant sa thèse en trois récits de voyage.

"J’ai toujours eu un intérêt pour le fonctionnement du monde."

Bien sûr, il connut des déceptions. "On est toujours frappé par ce qu’on a lu dans les livres ou déjà vécu quelques dizaines d’années plus tôt. […] Mais toujours, dans la seconde d’après, cette déception est noyée dans l’intérêt que j’ai de décoder ces espaces" raconte-t-il. Lui qui respira le bonheur et la liberté dans les grandes étendues de Sibérie en est même venu à trouver une beauté aux friches industrielles russes dans lesquelles il dut parfois s’établir pour le travail (à l’Alliance française). "Le monde industriel est passionnant. Rien que ça, c’est un voyage". Plutôt optimiste finalement, n’est-ce pas ?

Un coup de cœur !

Saisons du voyage est un texte poétique magnifique qui s’apprivoise puis se savoure doucement pour ne pas en perdre un mot - que l’on doit parfois repêcher dans le dictionnaire, car Cédric a certainement l’art de maîtriser les nuances de la langue française...


Saisons du voyage, de Cédric Gras (2018) est en vente sur le site des éditions Stock.

Actuellement installé à Paris, Cédric continue de retourner régulièrement en Eurasie (quand il n'est pas invité à des festivals), que ce soit sur la trace des protagonistes de son projet en cours ou le tournage de films documentaires avec Arte (à voir : Oural, à la poursuite de l'automne).

L'aventure

"A la routine et à la modération, Kessel a […] toujours préféré l’aventure, cet avenir de tous les possibles par lequel l’homme se dépasse, voit haut, façonne sa destinée sans compter sur les autres". L’aventure. Au fil des pages et à travers la vie de Joseph Kessel, on l’effleure, on en devine le goût, le parfum, magnétique, dans la biographie que Marc Alaux consacre chez Transboréal à "l’Empereur". Une vie d’écrivain-journaliste puisant dans l’aventure et les voyages la matière féconde de son œuvre qui s’étale sur un siècle, et un monde.

"Être ne suffit pas ; la vie, c’est l’action."

Le titre de cette biographie, La vie jusqu’au bout, résume tout le personnage. C’est donc sans surprise que l’on se trouve devant un récit dense et absorbant. La respiration en suspens, le regard suit avec application chaque phrase dans la crainte de manquer quelque fait majeur, un autre livre à succès, voyage ou mariage. Il faut le suivre, Kessel ! "On ne s’ennuie pas avec lui", confirme Marc d’un regard amusé, presque complice, de ce compagnon qu’il a rencontré à 25 ans dans les steppes mongoles, Les Cavaliers sous le bras, pour ne plus le quitter.

L'engagement...

"Aujourd’hui, ce qui me séduit chez lui, c’est son empathie pour l’autre, sa capacité à essayer de voir chez l’autre ce qu’il a de bon", me dit-il. A cela, il ajoute la générosité et l’engagement. Non pas l'engagement politique ou associatif, mais l’engagement dans la Vie avec un grand V. "C’est quelqu’un qui n’est jamais resté en retrait de l’existence. C’est quelqu’un qui a embrassé la vie. C’est quelqu’un qui s’est jeté à corps perdu dans la bataille, dans son travail, dans les deux guerres. Je trouve ça très beau. Et en cela, il est resté, même très âgé, fidèle à sa jeunesse."

... jusqu'au bout

"Kessel : un colosse à la santé de fer qui a du héros la gueule, la carrure et un destin difficile mais brillant sur des terres d’aventure", qui a "vécu dans une boulimie d’excès sans pour autant trouver l’équilibre". Il "enchainait les journées de quinze heures, bouclait un roman en cinquante heures d’affilée et en écrivait deux dans l’été" et, à 64 ans encore, était capable de "siffler vingt-sept scotches en six heures de veille hallucinée."

Retranscrire une telle vie en seulement 185 pages implique de "faire des choix, repérer les tournants clés, les rencontres qui ont déterminé et construit le personnage, ne pas se perdre dans le superflu". Tel est donc le défi qu’a relevé Marc, une dizaine d'années plus tard, à commencer par la relecture - parfois jusqu’à quatre fois - de chacun des 85 livres composant l’œuvre impressionnante de Kessel, complétée par tout ce qui a été dit et écrit sur l’auteur. Cette véritable enquête a permis d'alimenter, à la fin du livre, des miscellanées où l'on pourra travers, par exemple, les (nombreuses) femmes et amis de sa vie, le revenu exact de chacune de ses créations, en passant par ses surnoms, les hôtels fréquentés, les adaptations à l’écran et autres anecdotes piquantes.

L'inspiration

L’objectif était, dit-il, de "produire un ouvrage moins factuel mais plus thématique, de poser un regard plus contrasté, permis par le recul historique". Et quelles thématiques, si ce n’est celles qui réunissent ces deux auteurs, les voyages et l’écriture ! Cela construit donc un livre passionnant, au style fluide et poétique, où chaque chapitre suit la géographie de Kessel de manière chronologique. Et surtout, c’est une rencontre, une découverte, une inspiration. En refermant ce livre, comment ne pas être troublé par cette personnalité affirmée et excessive, ce personnage hors du commun, qui savait vivre avec intensité, jusqu’au bout...

Je ne connaissais de lui que Le lion, "l’œuvre pourtant la moins représentative du style kessélien", mais, l’appétit éveillé par cette biographie, j’ai dévoré en une semaine Les Cavaliers, plus troublée par l’intensité des personnages que par le tumulte du métro parisien. Au suivant !


Joseph Kessel, La vie jusqu'au bout, de Marc Alaux (2015) est en vente sur le site des éditions Transboréal.

Que sait-on vraiment de l’Afrique quand on n'y a jamais mis les pieds ? Le tourisme, et tout particulièrement en Afrique subsaharienne, est encore rudimentaire en raison d’un manque d’infrastructures adaptées, voire d’un contexte politique hostile. Les informations nous parviennent à travers les filtres médiatiques, mais qu’en est-il vraiment lorsqu’on vit sur place ? A quoi ressemble le quotidien dans un pays comme la République Démocratique du Congo ?

"Des images de Kinshasa ou du pays qui pourraient passer pour celles d’autres États africains, qu’on nous présente comme très pauvres et constamment en conflit, favorisent les amalgames et donnent l’illusion, bien ancrée maintenant, c’est que c’est tout le continent noir qui est maudit."

Un expat' à Kinshasa

La découverte d’un autre pays est toujours une expérience unique, façonnée par un bagage culturel et l'état d'esprit dans lequel on se trouve à ce moment-là. Victor Muller a converti son expérience d’expatriation en un livre très intéressant et instructif : Ambiance Kinshasa. Loin de lui l’idée de contredire l’opinion publique. Les faits sont là, percutants, dérangeants, mais aussi propices à faire sourire, étonner et amuser. Il apporte ici son témoignage, un autre regard sur une ville qu’il découvre de l’intérieur pour la première fois, dans toute sa complexité. Sombre et lumineuse à la fois, voici Kinshasa, la troisième ville d’Afrique et capitale de la République Démocratique du Congo !

Dans les Quelques mots qui ouvrent ce livre, le cadre est posé, clair et précis. L’auteur présente son projet avec modestie, déterminé à rétablir un peu de vérité et de lumière dans le sombre tableau dépeint par les médias. Une envie d’écrire qui est venue naturellement, "comme un besoin pressant de rendre compte d’une foule d’aspects quotidiens, inattendus, ingénieux, absurdes, intéressants". La suite est une succession de nouvelles, des situations vécues transcrites sous forme de récits accrocheurs, sur des thèmes aussi divers et variés que la corruption, la musique, les situations de crise ou la mode.

Afin de découvrir la personne et l'histoire cachées derrière ce livre, j’ai pris contact avec Victor Muller. En direct du Luxembourg, il m’a raconté Kinshasa, l’Afrique, les voyages et l’écriture.

De sa première expérience en Afrique, il ne garde aucun souvenir. Et pour cause, il avait trois ans quand il a vécu en Centrafrique avec ses parents. Et si tout s'était joué cette année-là, que le virus de l'Afrique s'était discrètement infiltré dans sa peau, jusqu'à se développer et mûrir avec l'âge ? Car, depuis, il a vécu plus un an et demi en Tanzanie et en Tunisie, mais aussi trois mois au Rwanda et à Madagascar, sans parler d'une multitude de courts séjours (Nigeria, Bénin, Burkina Faso, Sierra Leone, "un très très chouette pays" dit-il au passage, Ouganda, etc.) !

Kinshasa est le point de départ. Le "décalage tellement abyssal" par rapport à sa vie en France le marque profondément, et déclenche en lui un besoin d'écrire. "L’environnement m’a fait véritablement halluciner". Mille fois inspiré, il pose la trame de son premier livre dans la capitale congolaise. Cela a commencé sous la forme de posts sur Facebook qui, grâce aux encouragements de ses proches, sont devenus des chapitres. Un processus qui a mis deux ans pour se concrétiser, et c'est un succès !

Ambiance Kinshasa est un livre qui se lit rapidement tant nous sommes curieux d'en savoir plus, de connaitre le dénouement des situations loufoques ou inquiétantes rencontrées. Victor Muller s'efforce de rester objectif dans ses descriptions, spectateur détaché et amusé, comme lorsqu'on est face à une aventure dont on connait déjà la chute, loin du feu des premières émotions ; mais le tableau final est bien vivant !

L'élégance selon les sapeurs congolais

J'ai aimé ce livre et appris beaucoup. Même si la situation est loin d'être idyllique, il y a toujours de la musique, des fêtes, des sourires, de l'espoir. Les Kinois (nom donné aux habitants) sont très pauvres et pourtant, rêveurs ou artistes, certains ont fait de la mode leur alliée du quotidien.

"Il arrive parfois de croiser à Kinshasa des personnages à l’allure et au port singuliers. […] Qui donc sont ces gens au look invraisemblable mais dégageant quelque chose de quasi sacré ? On les appelle les sapeurs, membres de la très informelle mais non moins sérieuse SAPE, Société des ambianceurs et personnes élégantes – le sens du terme « élégant » étant ici laissé à l’appréciation de chacun."

Et je vous invite à lire cet article pour en savoir plus sur l'art de la SAPE et les ambianceurs Congolais.

Kinshasa : un site touristique ?

Ambiance Kinshasa est un récit plein de contrastes, à l'image de cette ville, mais certainement pas un guide de voyage. Peut-on la recommander aux touristes ? Probablement pas. Les premiers mois, l'auteur reste prudent, évite de sortir si ce n'est dans quelques endroits restreints. Puis il apprend, il apprivoise la ville et parvient à comprendre ses lois, à démasquer les codes et gérer le sentiment d'insécurité. Mais il tempère, "ce n’est pas un endroit pour tout le monde, il faut être un peu aguerri," au risque de mal supporter l’expérience. Car enfin, ce n'est rien de moins que "l’une des villes les plus dangereuses au monde". Les infrastructures sont très limitées et la police loin d'être fiable encore. La libre-circulation est compliquée, et on ne sort pas vraiment de Kinshasa. En fait, "ça ne se fait pas vraiment". Avec seulement deux routes pour desservir une capitale de cette taille, on comprend aisément les difficultés !

La RDC est un pays de la taille du continent Européen, et il n’est pas maîtrisé. Il me parle des massacres en cours actuellement et de l'information, peu relayée aux étrangers, qui ignorent beaucoup de la situation réelle. Il raconte la pression continuelle ressentie sur place, le sentiment d’être enfermé et l’angoisse, toujours présente, d'être "toujours sur le qui-vive, jamais tranquille".

"Même en ne faisant rien tu n’es pas tranquille"

Ce qui ne l'empêche pas de renchérir : "J’adore cette ville. Il y a une telle énergie !"

Alors, à défaut d'aller à Kinshasa, il recommande "à la rigueur, de faire un tour (avec un guide aguerri) dans les zones sécurisées du Kivu bordant le lac du même nom". Outre la beauté des lieux, la chaine volcanique des Virunga abrite aussi l'une des dernières populations de gorilles des montagnes. Bordant l'autre côté du lac, le Rwanda est un "pays magnifique", très vert, qu'il compare à la Suisse de l'Afrique d'une certaine façon, pour ses paysages. Plus simple à visiter et plus sécure, c'est une bonne alternative à la RDC et l'une de ses portes d'entrée.

Pour aller plus loin...

Victor Muller nous partage ici quelques-uns de ses livres de chevet sur le Congo :

Alors, à tous les curieux, voyageurs et amoureux de l'Afrique, je vous souhaite une bonne lecture !


Ambiance Kinshasa, de Victor Muller (2018), est en vente à 9,9€ sur le site des éditions Transboréal.


© Photographie de Victor Muller

Les aventuriers scientifiques

"Assis dans le fond de la pirogue, nous bougeons le moins possible. Nous sommes si bas sur l'eau qu'il suffit de tendre les doigts pour en toucher la surface. La chaleur et le silence invitent à la somnolence. Portés par le courant, nous descendons l'Offoué, au cœur de la forêt gabonaise [...]"

Les premières lignes du livre de Benoît Fontaine peignent instantanément dans mon esprit l'Aventure (avec un grand A). Les souvenirs de voyage partagés par l'auteur tout au long de ce récit réveillent ceux tapis au fond de moi. Mon esprit s'envole vers un paradis brumeux où les lianes s'enroulent autour d'arbres millénaires dans un patchwork de verdure. Chaque instant vécu au plus proche d’une nature sauvage, immense de mystères et de beauté, s’imprègne à jamais et nous touche au plus profond. Au fil des siècles, certains hommes n’ont pu résister à cet appel, explorateurs d’un nouveau monde, habité par des êtres d’un autre genre.

Dans la collection Petite philosophie du voyage des éditions Transboréal, La Quête du Naturaliste - Petites observations sur la beauté de la diversité du vivant est le récit d’un métier fascinant, témoignage d'une passion pour la nature et manifeste pour sa préservation. En partant avec Benoît Fontaine sur la trace des naturalistes, ceux qui l’ont précédé, ceux qui l’ont accompagné et celui qu’il est devenu, on découvre et apprend beaucoup. Il nous livre ses premiers pas, le plaisir de la première rencontre, l’excitation de la coche, des collections et chasses au trésor.

"Chacun se concentre sur son domaine, mais l'enthousiasme de la quête est partagé, l'excitation de la découverte immédiatement compris [...] Les chercheurs faisaient davantage penser à une bande d'enfants en classe verte qu'à l'archétype du scientifique en blouse blanche."

Explorateur scientifique, naturaliste voyageur, les deux font la paire. Le monde est le vaste terrain de jeu des naturalistes. Véritables Sherlock Holmes, guidés par des indices invisibles aux yeux des néophytes, chaque spécialiste voit la nature à travers l’une de ses multiples facettes.

Le récit est fluide, glissant habilement entre des anecdotes personnelles et des faits scientifiques, expliquant le pourquoi des grandes découvertes au comment du travail de terrain, tout en partageant d’étonnantes connaissances sur certaines espèces animales. Ce livre éducatif et passionnant permet à tous, initiés ou pas, de découvrir la nature à travers l’œil d’un expert passionné, tantôt émerveillé, tantôt inquiet. Car bien sûr, en tant que témoin de premier rang de la perte de la biodiversité, Benoît Fontaine est aussi un éveilleur de consciences...

Un naturaliste au Muséum

Travaillant tous deux au Muséum National d’Histoire Naturelle, nous nous sommes rencontrés pour échanger autour de ce livre et de sa carrière. Je retranscris ici une partie de notre entretien, en gardant volontairement la forme orale.

"Quand j’étais petit, comme beaucoup d'enfants, j’avais envie d’être vétérinaire. Il y avait un oncle dans ma famille qui a pas mal milité contre la chasse à la baleine à ses débuts. Et lorsqu'il revenait et me racontait ses combats avec les baleiniers, je trouvais ça très cool. Il a été une figure marquante. Puis ensuite, ce sont surtout les lectures. Et celui qui m'a vraiment marqué, c’est Théodore Monod*. Un naturaliste complet, qui connaissait tout. En plus, il avait un côté ascétique, se contentant de l'essentiel ; tu es dans le désert, et si tu as tes trois cérémonies du thé par jour ça te suffit pour être heureux. Ça me parlait quand j’étais ado, ça me parle toujours d'ailleurs... C’était quelqu'un qui avait une connaissance de dingue. En arrivant au Muséum, j’ai eu l’opportunité d’aller discuter avec lui. Cela a été un moment marquant, de le rencontrer, de voir celui qui était un peu un modèle pour moi."

(*) Théodore Monod, 1902-2000, était un savant naturaliste, explorateur, grand spécialiste français des déserts, etc.

"Il y a quelques rencontres dans la nature qui m’ont vraiment marquées. Par exemple, la première fois que je suis tombé dans la forêt sur les gorilles, au Gabon. Ils sont là, tu ne vois pas bien, la forêt est très dense, tu vois une tête, tu entends le bruit qu'ils font en se frappant la poitrine, tu sais qu’ils t’ont vu et qu’il ne faut pas avoir l’air agressif alors tu fais semblant d’être un gorille, tu ramasses des feuilles, tu fais des grognements de gorille, et petit à petit ils s’approchent, puis tu vois qu’il y en a un juste au-dessus dans les arbres qui te regarde (...). Tu sais que tu es hyper privilégié de voir ça !

La dernière expérience très forte que j’ai eu comme ça, c’était au printemps, en Espagne. Dans le nord de l’Andalousie, il y a un parc qui a été créé pour le lynx ibérique, un animal que je pensais ne jamais voir de ma vie. On m’avait dit que c’était un bon endroit pour le voir, au moment du rut, en décembre-janvier. Mais j’y suis allé en avril, ce qui n’est pas la bonne période, d’autant plus que c’est le moment où les petits sont nés, ils restent dans la tanière et les femelles se font très discrètes. Quelques jours avant mon arrivée, une tanière a été trouvée, relativement accessible. On était à 200 mètres et là, j’ai passé plusieurs jours à les contempler, voir les petits jouer ensemble, à en prendre plein les yeux. On les voyait super bien à la lunette. Quand cela t'arrive, tu sais que tu es hyper privilégié de voir ça !"

"Les escargots, c’était ma thèse, et je continue de travailler dessus mais ce n’est plus mon activité principale. Je travaille actuellement sur les observatoires de la biodiversité, dans l’équipe de Vigie-Nature, et je m’occupe des programmes de suivi dans lesquels les données sont collectées par les naturalistes, en particulier pour les oiseaux et papillons. Et ça, c’est encore une autre façon très intéressante de regarder la nature que j’ai découvert ici !

Quand tu regardes les données, tu vois que tu as perdu 70% de certaines espèces communes comme des pipits en 15 ans ! C’est monstrueux comme déclin, c’est catastrophique ! Les oiseaux agricoles, c’est un tiers des effectifs qui ont disparu en 15 ans.

Aussi bien avec les grands singes que les escargots, je m’intéressais à des espèces rares. Les grands singes sont bien étudiés, très emblématiques, tout le monde connait, ils sont très menacés. Puis, les escargots, c’est terra incognita. Il y a plein d’espèces qui disparaissent sans qu’on le sache, plein d’espèces hyper rares ; il y a 20'000 espèces connues et il y en a peut-être 40'000 au total. Tu n’as généralement aucune info pour savoir si une espèce est menacée ou pas, si et où il faut agir. Et maintenant, mon travail se fait sur des espèces communes, longtemps considérées comme très abondantes et donc qui ne sont pas un sujet d’inquiétude a priori, mais grâce aux programmes de suivi, quand tu regardes les données tu vois que tu as perdu 70% de certaines espèces communes comme des pipits en 15 ans ! C’est monstrueux comme déclin, c’est catastrophique ! Les oiseaux agricoles, c’est un tiers des effectifs qui ont disparu en 15 ans ! (cf. "Découverte" 2018 - MNHN). Cela arriverait à une population humaine, on dirait que c’est un massacre, un génocide.

L’intérêt de l’approche "espèces communes" c'est qu’on a une photo de l’ensemble de la communauté et le message est très fort. Il y a quelques espèces généralistes qui tirent leur épingle du jeu mais toutes les espèces un peu spécialisées se cassent la figure. Et ça donne un thermomètre de l’état de santé de la biodiversité, qui permet d'alerter les politiques et les citoyens."


La Quête du naturaliste, de Benoît Fontaine (2011) est en vente à 8€ sur le site des éditions Transboréal.

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